martes, 8 de abril de 2008

automatique

J'ai effleuré les étoiles en survolant l'océan; j'ai pleuré mes pertes suspendue dans l'air du soir. J'ai pensé aux gens que je laissais derrière et leur pays saccagé d'inertie. J'ai laissé ma fille sous leurs palmiers.
Puis j'ai couru dans la neige et je suis sortie acheter à boire, nue sous mon manteau. J'ai rêvé des Perses antiques sous una couette Ikea. J'ai dormi dans un studio noir, et vaporisé d'eau un corps de fille dénudée. J'ai regardé les heures passer dans les couloirs blancs pour voir se congeler l'eau d'un fleuve. J'ai marché dans les rues sans temps, comme l'espace sorti d'un subconscient commun.
J'ai fait l'amour au-dessus de la gare Montparnasse, dans un bar fermé du vieux Madrid, entre les toiles déchirées du Centre Havane, sur le gazon public, dans le hall d'un immeuble que j'habitais, dans la salle d'édition d'un studio communiste, sur le lit d'un homme marié et dans la douche d'une inconnue cubaine, puis je me suis laissé embrasser sous un pont, à l'aéroport, sur le Danube, dans l'escalier, dans l'ascenseur et son palier, sous une lune énorme et dans la tempête du cyclone et sur les coraux italiens, et dans le petit matin des rues puis sur une voiture rouge, et l'université, puis je l'ai embrassée pour lui faire savoir (elle pleurait sur mes lèvres), j'ai fait l'amour chez personne, puis chez quelqu'un, puis chez moi, j'ai posé ma tête sur ses jambes en écoutant Ne me quitte pas, j'ai entendu son cri de douleur dans le parc (je n'ai pas réagi), j'ai souffert sous sa pluie, je suis partie sans rien dire, j'ai tenu son silence, j'ai toujours dit merci.
J'ai respiré la montagne comme si elle était pour moi. J'ai regardé la mer vertigineuse et noire de nuit, abismale telle une gorge, effrayante. J'ai vu passer les îles sur un bateau, le goût de sel dans la fumée de la cigarette au vent. J'ai vu la lune convertie en soleil et le soleil transformé en lune; il était six heures du matin dans la chambre envahie d'orange.

Puis j'ai crié, aussi.
J'ai regardé la ville depuis mes petites fenêtres, en comptant les toits, en chantant pour rien. J'ai passé des jours seule à faire défiler ma petite vie sur les murs ocres comme une projection mentale sans spectateur.
On m'a rêvée sur les bancs de l'école et dans le dessin de la Grande Muraille. On a couru dans la rue pour me serrer une dernière fois, on m'a écrit depuis toutes les villes qu'on visitait, on a dormi devant ma porte, sur le sol.
J'ai pris sa main pour l'emmener à la piscine: il savait mettre son menton dans l'eau. Il était petit, comme elle. Puis les orangers filtrés par le soleil, le sol qui craquait, un labyrinthe de troncs d'arbres, et elle me suivait.
Les fleurs jaunes du village m'attendaient sur ma table dans la bouteille en plastique qu'il avait coupée en deux.

J'attendais une lettre qui n'arriverait pas, un appel qui n'existerait plus, une lutte qu'il n'avait jamais menée. Alors j'ai pensé ma vie différemment. Vidée de sentiments et le coeur en poussière, j'ai recommencé. Mers à traverser, murs à repeindre, sourire de la dame dans un coin de la rue puis l'enfant qui chiale puis un chien qui baille et les carreaux sales des bars, les tours et leurs chapelles et les terrasses de l'hiver et les instants de plénitude et le désir apaisé: ne plus dépendre, ne plus savoir, ne plus avoir.
Comme dans l'avion de l'effleurement des étoiles, à laisser derrière un endroit qui n'était pas à moi.

No hay comentarios: